Je change de banque : pourquoi ?

Hello hello,

Je commence une série d’articles sur le changement de banque. Je pense qu’il y en aura deux ou trois, espacés dans le temps au fil de mes recherches et de ma propre transition.

L’idée du changement de banque a germé en moi il y a un peu plus d’un an, en en parlant avec mon beau-père qui commençait son propre transfert de comptes. Finalement, depuis 4 ans, j’ai entamé une transition vers un mode de vie plus écologique avec beaucoup de « petits » gestes : la seconde-main, le végétarisme, les transports, la beauté, l’entretien de la maison… Je suis convaincue que ce genre de gestes quotidiens peuvent faire la différence s’ils sont effectués par un grand nombre de personnes. Mais ces changements impliquent, néanmoins, quasiment tous de payer : on choisit de consommer mieux et moins, mais on consomme toujours. Et le plus souvent, on paie avec une carte bancaire fournie par une banque, plus ou moins grande.

Je ne vous fais pas un cours d’éco, mais le fonctionnement actuel de notre économie capitaliste se nourrit grandement du système bancaire et du crédit. Le crédit est ce qui fait, en gros, que l’argent crée de l’argent et qu’on a de la croissance, ce qui permet – en partie – de permettre un accroissement (relatif) du niveau de vie, même face à la croissance démographique.

Sauf qu’aujourd’hui, les banques ont atteint une taille et une échelle hallucinante et jouent un rôle majeur dans la (non)transition écologique. D’après le rapport Banking on Climate Change de 2020, les 35 plus grandes banques du monde ont financé les énergies fossiles à hauteur de de 2 700 milliards d’euros entre 2016 et 2019 (je n’arrive même pas à réaliser le volume de ce nombre). Ce financement ne cesse d’augmenter, malgré l’adoption de l’Accord de Paris en 2015 : le financement des 100 plus grandes entreprises extractives (pétrole, gaz, charbon…) dans le monde a, par exemple, augmenté de 40 % entre 2018 et 2019.

Si on se concentre sur les banques françaises, la situation n’est guère plus reluisante. Dans le rapport de la même institution de 2019, BNP Paribas était « élue » plus grand financeur des énergies fossiles en Europe avec 30,6 milliards de dollars accordés à ces entreprises. La Société Générale a, quant à elle, financé ce secteur à hauteur de 15,2 milliards de dollars en 2019, le Crédit Agricole à hauteur de 12,3 milliards de dollars et le groupe BPCE/Natixis à hauteur de 7,7 milliards de dollars. Ce financement n’est pas sans conséquence en termes d’émission d’effets de serre. Une étude d’Oxfam France et des Amis de la Terre France a ainsi montré que :

« En 2018, les émissions de gaz à effet de serre issues des activités de financement et d’investissement des quatre principales banques françaises – BNP Paribas, Crédit agricole, Société générale et BPCE – dans le secteur des énergies fossiles ont atteint plus de 2 milliards de tonnes équivalent CO2, soit 4,5 fois les émissions de la France cette même année ».

On peut imaginer que ces émissions étaient encore plus élevées en 2019 puisque le montant des financements s’est accru entre 2018 et 2019.

Cela n’empêche pas ces banques de mettre en place des politiques « environnementales ». Par exemple, BNP Paribas a une politique très stricte en matière de financement des pétroles et gaz non conventionnels. Idem pour le Crédit Agricole en matière de charbon.

Au-delà de l’impact direct d’un tel financement, cette dépendance des banques traditionnelles à l’égard des actifs carbonés (une grande partie de la rentabilité des banques tient au retour sur investissement qu’elles obtiennent dans le secteur des énergies fossiles) nous place aussi dans un cercle vicieux qui retarde ou complexifie la transition écologique et solidaire. Parce que les banques dites « systémiques » (c’est-à-dire celles dont une éventuelle faillite engendrerait inévitablement une crise financière mondiale) reposent en grande partie sur des actifs carbonés, cela désincite les États à mettre en œuvre des politiques de transition afin de ne pas risquer de mettre ces banques en danger. Pour le dire autrement, si on dévalorise les énergies fossiles au profit des énergies renouvelables, on risque par la même occasion de réduire la rentabilité des banques, voire de leur faire perdre de grandes quantités de liquidité et de créer, par la suite, une grande crise macroéconomique, comme cela a été le cas en 2008.

Pourtant, le changement climatique déjà en cours, et alimenté notamment par le recours aux énergies fossiles, est à l’origine d’une multiplication des catastrophes climatiques et autres événements environnementaux. Ces derniers mettent en péril les établissements bancaires et assurantiels en entraînant une baisse de la valeur des acteurs économiques touchés dont la banque détiendrait des titres ou en exigeant aux banques de rembourser les dommages causés. Cela a par exemple été le cas pendant l’épidémie du Covid-19 (crise plus sanitaire qu’environnementale, mais qui a des implications écologiques non négligeables). Cette crise cause la mise en difficulté de nombreux ménages et de nombreuses entreprises qui ne sont parfois plus en mesure de rembourser les crédits contractés, ce qui met aussi en difficulté les banques. Cela a aussi causé la dévalorisation de certaines entreprises cotées en bourse et donc des titres détenus par les banques.

Or, tous ces investissements dans les actifs carbonés sont, en grande partie, rendus possibles par les fonds que nous, clients, déposons dans les banques, que ce soit dans nos comptes courants ou dans nos produits d’épargne. J’en suis donc arrivée à la conclusion que je ne souhaite pas que mon argent, mis soigneusement de côté, serve à financer une industrie que j’abhorre.

Ayant été étudiante pendant trèèèès longtemps, je n’avais pas vraiment le temps d’entamer mes démarches pour changer d’établissement bancaire. Mais ceci est désormais de l’histoire ancienne (pour combien de temps, telle est la question haha) et 2021 sera, si tout se passe bien, l’année de la transition bancaire de mon côté. Je vous ferai donc prochainement un article avec les alternatives éthiques aux banques traditionnelles.

D’ici là prenez soin de vous,
Joséphine

Pour aller plus loin :
Rapport :
Banking on Climat Change, Fossil Fuel Finance Report, 2020.
La colossale empreinte carbone des banques : une affaire d’État, Les Amis de la Terre / Oxfam, 2019.
♥ Podcast :
« Quel modèle économique pour la transition écologique ?« , La Conversation Scientifique – France Culture, 5 septembre 2020 avec Gaël Giraud.

Crédits image de couverture : Image par Nattanan Kanchanaprat de Pixabay

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